Free, la publicité et la radio

C’est avec un effet d’annonce retentissant que l’opérateur internet Free a proposé en début d’année une nouvelle mise à jour de sa Freebox Révolution. Dans sa toute dernière mouture le firmware, le logiciel qui pilote la Freebox dispose en natif d’un bloqueur de publicité. Une fois la box mise à jour, c’est automatiquement que cette nouvelle fonction est activée et masque les publicité qui font que parfois, certains site ressemble aux grandes avenues qui donnent accès à nos villes, pleines de publicités intempestives, bariollées.
Mais derrière cet épineux sujet il s’en cache en réalité un autre bien plus vaste. Celui de la neutralité du Net dont nous avions déjà parlé sur ce blog ici, ici et ici.
Free décide de faire la pluie et le beau temps
Immédiatement baptisée #FreeAdGate sur les réseaux sociaux (Voir ici sur Twitter) l’opération n’en avait pas finie de soulever la polémique. Fin d’un système capitaliste pour certain, manoeuvre digne d’un état totalitaire pour d’autre, il est certain que même le Pc Chinois n’avait pas osé une telle censure de la publicitée.
Dans la réalité des faits, il s’agit très certainement pour Free d’une mesure de coercition dans le bras de fer qui oppose l’opérateur français à Google au sujet de la bande passante du site YouTube (propriété de Google et premier fournisseur mondial de vidéo sur internet). Pour ceux qui n’auraient pas suivit l’affaire un petit rappel des faits s’impose. Depuis plus de six mois maintenant, Free et Google se renvoient la balle pour la construction de liaisons plus importante entre les serveurs de vidéo de Google et de Free. Pour simplifier lorsqu’un abonné de Free demande à regarder une vidéo sur YouTube, une connexion réseau est établis entre les deux sociétés, mais à certaines heures (soir et week end notamment) la demande est telle que le réseau est saturé, du coups, les abonnés de Free doivent patienter et attendre un temps de chargement très long de ces vidéos. La solution serait de tirer de nouveaux cables entre les deux réseaux pour permettre à un plus grand nombre d’utilisateur de se connecter simultanément et avec une qualité d’image plus importante. Problème la question de savoir qui de Free ou de YouTube (via Google) doit payé ne semble pas avoir et tranché. Du coups les deux sociétés campent sur leurs position et les abonnés Free se plaignent.
La réplique de Free
Donc début janvier Free propose sa nouvelle mise à jour et bloque la majorité des contenus publicitaires en provenance de Google. Pire que tout, le blocage est activé par défaut ; pour s’y soustraire et retrouver ses publicités il faut entrer dans les paramètres de sa box pour désactiver l’option. Opération facile à réaliser mais qui risque de rebuter beaucoup d’utilisateurs qui auront peur de faire une bourde.
Le soucis majeur de cette action c’est qu’il montre bien la nouvelle toute puissance des opérateurs de communication. Ceux-ci ont payés et déployé leurs réseaux, en sont désormais maître et compte bien pouvoir décider qui est le bienvenu et qui ne l’ai pas. Avant ce pouvoir était réservé aux états, désormais une société peut donc décider de qui peu ou ne peu communiquer sur internet.
Si ce soucis d’ordre éthique est déjà problématique, l’économique joue lui aussi une part importante dans la polémique qui éclate aujourd’hui. Si les internautes ne reçoivent plus la publicité c’est le modèle tout entier d’un internet libre et gratuit qui s’effondre. Comment dès lors financer les services, les « pure-players » qui n’utilisent que le web pour vendre leurs produits ou partager leur information.
Et la radio dans tout cela ?
Avec le quasi coups d’arrêt donné au projet de Radio Numérique Terrestre (RNT), l’avenir de la radio semblait tout tracé: l’IP via le réseau internet.
Si les réseaux FM, ou par extension RNT, reposaient sur l’ancien modèle, celui des autorisations gouvernementales d’émission délivrées par le CSA, l’émergence de la radio sur IP de nouvelles perspectives s’ouvraient. L’accession au public via une large diffusion sur internet permettait à la plus petite des radios d’être quasiement aussi écoutée que RTL/NRJ et France Inter. Plus question de zone couverte ou non, de seuil anti-concentration, la lutte se serait faite programme contre programme.
Aujourd’hui Free vient rebattre les cartes. Si demain le groupe Illiade, détenteur de Free, achetait une station de radio, il pourrait du jour au lendemain empêcher ses internautes d’écouter l’ensemble des autres stations, réduisant l’écoute de ses concurrents, bloquant leurs flux ou limitant l’accès. C’est donc une nouvelle fois la neutralité du net qui est en cause.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que cela se produit. Dans les années 90 les poseurs de tuyaux d’eaux de la « Compagnie générale des eaux », Jean-Marie Messiers en tête, ont posés en plus des canalisation d’eau des tuyaux de données, la fameuse fibre optique… ils ont plus tard fondés Cégetel (l’ancêtre de notre SFR) pour la partie téléphonie puis Canal Plus, les studios d’Universal, enfin regroupés sous le nom de Videndi. C’est la maitrise de la tranchée au pied de nos immeubles qui a donc permis la création de cet empire des télécommunications et des médias. Le tuyaux est donc la source de la richesse de ses groupes.
En abandonnant au privé la constitution du futur réseau de diffusion de nos radios l’état à donc commis une faute. Si la technologie de la RNT était déjà dépassée avant même sa mise en service, l’état aurait du établir un réseau de communication sur IP indépendant.
Avec la nomination d’un nouveau directeur au CSA la question ne manquera certainement pas d’être soulevée dans les prochains mois. Affaire à suivre donc !
Google+









Ajoutez-moi sur Linkedin
Souscrire via RSS
Envoyez-moi un E-mail